La filière ovine française vit un paradoxe en 2026 : le troupeau de brebis se reconstitue lentement, mais les étals promettent encore moins d’agneau tricolore que l’an passé. Selon le bilan annuel de l’Institut de l’élevage (Idele) publié à la mi-avril, les abattages d’ovins contrôlés devraient reculer de 4 % cette année, à environ 64 000 tonnes équivalent-carcasse. Un chiffre qui en dit long sur les difficultés d’une production déjà minoritaire dans nos assiettes.
Un cheptel qui repart, mais des naissances en retard
La bonne nouvelle vient du cheptel : la France comptait 4,9 millions de brebis en novembre 2025, soit une hausse de 1 % sur un an. Après plusieurs années d’érosion, les éleveurs recapitalisent leur troupeau. Mais reconstituer un cheptel prend du temps, et les effets se font attendre dans les abattoirs.
En cause, un enchaînement défavorable. La fièvre catarrhale ovine (FCO), cette maladie virale transmise par des moucherons qui a connu son pic en 2024, continue de peser. La surmortalité de reproducteurs à la fin de 2024 a réduit le nombre de naissances, et donc le nombre d’agneaux disponibles à l’abattage en 2025 puis en 2026. La production redémarre, mais avec un temps de retard structurel.
Ce qui change concrètement pour le consommateur
Moins d’agneaux abattus, cela signifie une offre plus tendue et des prix qui restent élevés. Au printemps 2026, le cours de l’agneau lourd s’est maintenu autour de 11 euros le kilo de carcasse, un niveau supérieur de plus de moitié à la moyenne des années 2020-2022. Résultat : pour Pâques 2026, les prix n’ont pas battu les records de l’année précédente, faute d’une demande capable de suivre.
- Une offre nationale réduite : le disponible en viande ovine recule d’environ 3 % en 2026.
- Des prix durablement hauts : la rareté soutient les cours, mais freine l’achat des ménages.
- Moins d’imports de complément : les arrivées d’agneaux vivants destinés à l’abattage se sont effondrées.
Le rôle discret des importations
La France ne couvre qu’une partie de sa consommation d’agneau et importe traditionnellement le reste, notamment d’Espagne, du Royaume-Uni et de Nouvelle-Zélande. Or ces sources se raréfient elles aussi. Le cheptel espagnol s’est réduit, l’offre néo-zélandaise diminue sur le long terme, et les importations d’ovins vivants ont chuté de manière spectaculaire sur un an. Autrement dit, le marché ne trouve plus facilement de quoi combler le déficit hexagonal.
Opportunités et points de vigilance pour la filière
Cette tension n’est pas que négative. Pour les éleveurs qui parviennent à produire, des cours élevés offrent une meilleure valorisation et une incitation à s’installer ou à agrandir leur atelier. La vente directe et les circuits courts, en plein essor, permettent de mieux capter cette valeur. Le revers, c’est le risque d’un décrochage durable de la consommation : si l’agneau devient un produit d’exception, les habitudes d’achat pourraient ne jamais revenir à leur niveau d’avant.
La trajectoire dépendra de la vitesse de reconstitution du cheptel, de la maîtrise sanitaire de la FCO et de la capacité de la filière à rendre l’agneau plus accessible, au-delà des seuls pics de Pâques et des fêtes. Les prochains mois seront scrutés de près par les professionnels comme par les amateurs de bonne cuisine.
Questions fréquentes
Pourquoi la viande d’agneau française est-elle si chère en 2026 ?
Parce que l’offre reste inférieure à la demande. Les abattages reculent de 4 %, les importations de complément s’effondrent et le cheptel n’a pas encore fini de se reconstituer après les effets de la fièvre catarrhale ovine.
Qu’est-ce que la fièvre catarrhale ovine (FCO) ?
C’est une maladie virale non transmissible à l’homme, propagée par de petits moucherons piqueurs. Sans danger pour le consommateur, elle affecte les troupeaux et a provoqué une surmortalité de reproducteurs dont la filière subit encore les conséquences.
Le troupeau français va-t-il se reconstituer ?
La dynamique est enclenchée, avec un cheptel de brebis en hausse de 1 % fin 2025. Mais la reconstitution est lente : il faut plusieurs saisons de reproduction avant que la hausse du cheptel ne se traduise par davantage d’agneaux sur le marché.
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