Nom de famille des enfants : pourquoi de plus en plus de bébés portent les deux noms de leurs parents

Donner son nom à un enfant ne va plus toujours de soi. Selon une étude de l’Insee publiée cet été, la part des nouveau-nés portant le nom de famille de leurs deux parents continue de progresser en France, confirmant une tendance amorcée il y a une dizaine d’années. Décryptage d’un choix qui en dit long sur l’évolution des familles françaises.

Une progression continue depuis 2014

D’après l’Insee, en 2025, sur les 644 000 enfants nés en France, 15,1 % ont reçu le nom de leurs deux parents, contre 77,9 % qui ne portent que celui de leur père et 6,8 % celui de leur seule mère. Ce chiffre était de 10,3 % en 2014, soit une hausse de près de 5 points en une décennie. Depuis la loi de 2005, les parents peuvent en effet choisir de transmettre à leur enfant le nom du père, celui de la mère, ou les deux accolés, dans l’ordre de leur choix.

Cette possibilité, longtemps restée marginale, s’installe donc progressivement dans les usages, sans pour autant devenir majoritaire : le nom du père reste très largement dominant, une inertie que les chercheurs de l’Insee attribuent en partie au poids des habitudes administratives et familiales.

Qui choisit le double nom ?

L’étude révèle de fortes disparités selon la situation des parents. Les couples non mariés transmettent un double nom à leur enfant près de trois fois plus souvent que les couples mariés (21,7 % contre 7,6 %). La pratique est également plus fréquente lorsque le père est plus jeune que la mère, ou lorsque le père est sans emploi tandis que la mère travaille.

  • Les couples non mariés optent nettement plus souvent pour le double nom que les couples mariés.
  • Les parents originaires d’Espagne ou du Portugal, où la double filiation nominale est la norme culturelle, transmettent très majoritairement les deux noms (52 à 59 % des cas).
  • Le choix varie aussi selon les régions : le Sud-Ouest, la Corse et les départements d’outre-mer affichent des taux de double nom supérieurs à la moyenne nationale.

Ce que ces chiffres révèlent sur les familles

Au-delà de la statistique, cette évolution traduit un changement dans la manière dont les parents envisagent la transmission de l’identité familiale. Pour de nombreux couples, accoler les deux noms permet de reconnaître symboliquement les deux lignées, dans un contexte où les structures familiales se diversifient (familles recomposées, couples de même sexe, parents non mariés).

L’Institut national d’études démographiques (Ined) souligne d’ailleurs que la majorité des enfants de couples de femmes reçoivent un double nom, une pratique qui permet d’inscrire les deux mères dans la filiation de l’enfant. Ce choix reste toutefois une démarche active : à défaut de déclaration expresse des parents, c’est le nom du père qui est automatiquement attribué à l’enfant, ce qui explique en grande partie la persistance de la tradition patronymique.

Pour les futurs parents : comment ça marche ?

Concrètement, le choix du nom de famille se fait lors de la déclaration de naissance à l’état civil, dans les cinq jours suivant l’accouchement. Les parents doivent alors présenter une déclaration conjointe de choix de nom si un des deux souhaite transmettre son nom, seul ou accolé à celui de l’autre parent. Ce choix, une fois fait pour le premier enfant du couple, s’impose ensuite aux enfants suivants nés de la même union.

Questions fréquentes

Peut-on encore changer le nom de son enfant après sa naissance ?

Oui, une procédure de changement de nom simplifiée existe depuis 2022, une fois dans sa vie, sur simple déclaration en mairie pour un majeur, ou avec l’accord des deux parents pour un enfant mineur.

Le double nom peut-il être transmis à la génération suivante ?

Un enfant portant un double nom ne peut transmettre qu’un seul de ces deux noms à ses propres enfants, sauf accord contraire avec l’autre parent au moment de la naissance suivante.

Pourquoi le nom du père reste-t-il majoritaire malgré la loi de 2005 ?

Faute de déclaration conjointe des parents à la naissance, c’est automatiquement le nom du père qui est attribué à l’enfant, ce qui explique la persistance de cette tradition administrative.

Cette évolution démographique s’inscrit dans des transformations plus larges de la vie de famille, entre nouvelles démarches administratives et questions de droit de la famille. Elle interroge aussi, plus largement, la place de chacun dans la société d’aujourd’hui.

Sources

Fabrice
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