Depuis le 1er août 2026, une bascule réglementaire discrète mais lourde de conséquences s’applique à toute une filière : bijoutiers, horlogers, joailliers et orfèvres entrent directement dans le champ de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT). Concrètement, tout professionnel vendant des bijoux, montres ou objets d’orfèvrerie d’une valeur supérieure à 10 000 €, quel que soit le mode de paiement utilisé, doit désormais respecter les mêmes obligations de vigilance qu’un établissement financier.
Cette extension du dispositif LCB-FT, déjà appliqué aux marchands de biens précieux et à certains professionnels du luxe, répond à un constat simple : les objets de grande valeur, facilement transportables et revendables, restent un vecteur classique de blanchiment lorsqu’ils échappent à toute traçabilité.
Ce que la loi change concrètement pour les commerces
Pour les bijouteries et horlogeries concernées, quatre obligations principales s’imposent désormais :
- Identifier et vérifier l’identité du client dès qu’une transaction dépasse le seuil de 10 000 €
- Signaler sans délai à TRACFIN toute opération jugée suspecte, y compris en dessous du seuil si le doute existe
- Conserver les pièces justificatives des transactions pendant cinq ans
- Former l’ensemble du personnel en contact avec la clientèle à ces obligations légales
Les enseignes doivent également mettre en place une procédure interne de classification des risques clients, documentée et actualisée, sous peine de sanctions pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel en cas de manquement grave.
Un secteur déjà fragilisé par la flambée du cours de l’or
Cette nouvelle contrainte administrative tombe alors que la filière traverse une période délicate. Le cours de l’or a connu une envolée spectaculaire depuis 2025, dépassant les 5 000 dollars l’once en janvier 2026 avant de refluer autour de 4 000 dollars cet été, soit près de 114 € le gramme. Cette hausse a mécaniquement renchéri le prix des bijoux en or, incitant une partie de la clientèle à se tourner vers des alternatives plus accessibles comme les pierres de synthèse, tout en dopant parallèlement le marché du rachat d’or.
Pour les indépendants et petites bijouteries de centre-ville, l’enjeu est double : absorber le coût de mise en conformité (procédures, formation, parfois logiciel dédié) tout en composant avec une clientèle plus attentiste sur les achats de valeur.
Ce que les clients pourraient remarquer en boutique
Pour l’acheteur, ce changement reste largement invisible au quotidien, sauf lors d’un achat conséquent. Un client réglant une montre ou une pièce de joaillerie de plus de 10 000 €, y compris en espèces ou par plusieurs versements fractionnés destinés à contourner le seuil, pourra se voir demander une pièce d’identité et, dans certains cas, des précisions sur l’origine des fonds. Une pratique déjà courante chez les notaires ou les agents immobiliers, mais nouvelle pour la majorité des bijouteries familiales.
Questions fréquentes
Quels professionnels sont concernés par cette nouvelle obligation ?
Les bijoutiers, horlogers, joailliers et orfèvres qui vendent des pièces d’une valeur supérieure à 10 000 €, quel que soit le mode de règlement utilisé par le client.
Que risque un commerce qui ne respecte pas ces règles ?
Des sanctions administratives pouvant aller jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel en cas de manquement grave aux obligations de vigilance et de signalement à TRACFIN.
Le client doit-il justifier l’origine de son argent pour un simple achat ?
Uniquement au-delà du seuil de 10 000 € ou en cas de doute du professionnel sur la transaction ; en dessous, aucune vérification systématique n’est imposée par la loi.
Pour suivre l’actualité de la filière, direction nos rubriques bijoux, montre & accessoire et droit, avocat & justice. Les commerçants souhaitant se mettre en conformité peuvent aussi consulter notre rubrique B2B, entreprise, service & conseil.
Sources
Infobijoux —
Audit & Strategy —
RisqueBlanchiment.fr
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