Poids de la facture d’électricité : les départements où elle pèse le plus

Le tarif réglementé de l’électricité est le même à Agen, à Avignon et à Neuilly. Le poids de la facture d’électricité, lui, varie du simple au double selon le département. Rapportée au niveau de vie médian des habitants, la facture type d’un foyer représente 2,1 % à Paris, mais 5,2 % dans le Tarn-et-Garonne. Entre les deux se dessine toute une géographie des écarts de pouvoir d’achat face à l’énergie.

Trois statistiques publiques enfin rapprochées

Pour mesurer ce que l’électricité coûte vraiment aux ménages selon l’endroit où ils vivent, il faut trois ingrédients. La consommation d’abord : Enedis publie chaque année celle de ses 34 229 966 compteurs résidentiels, à la maille du département et de la commune. Le revenu ensuite : l’INSEE calcule, dans son dispositif Filosofi, le niveau de vie médian de chaque territoire. Le prix enfin : la Commission de régulation de l’énergie fixe le Tarif Bleu. Ces trois jeux de données n’avaient jamais été croisés. C’est ce que fait l’étude sur le coût de l’électricité par département mise en ligne le 25 octobre par Comparons l’énergie, pour les 94 départements du réseau Enedis et plus de 32 000 communes.

La méthode est simple. On prend la consommation moyenne d’un foyer du département en 2025, on lui applique le Tarif Bleu Base 6 kVA en vigueur depuis le 1er août 2026 (abonnement de 190,81 € par an, kWh à 0,2001 € TTC), et l’on obtient une facture type. À l’échelle nationale, elle s’établit à 1 016 € par an pour 4 126 kWh. Dans le Tarn-et-Garonne, elle grimpe à 1 262 € ; à Paris, elle tombe à 711 €. Soit 551 € d’écart pour un même prix du kilowattheure.

Un indicateur de comparaison, pas une part de budget

L’apport le plus original de l’étude tient à un second chiffre : le poids de cette facture dans le niveau de vie médian du département. Il faut bien comprendre ce qu’il mesure. Le numérateur est une facture par foyer ; le dénominateur, un revenu disponible par unité de consommation, c’est-à-dire par personne une fois pondérée la taille du ménage. Ce rapport ne dit donc pas quelle part de leur budget les ménages consacrent à l’électricité. Il sert à classer les territoires les uns par rapport aux autres, en tenant compte à la fois de ce qu’on y consomme et de ce qu’on y gagne.

Sur les 94 départements, la valeur médiane de cet indicateur est de 4,2 %. Et la relation avec le revenu est nette : plus le niveau de vie d’un département est bas, plus la facture pèse lourd, avec une corrélation de −0,67. Autrement dit, l’électricité n’est pas un poste neutre : elle accentue des écarts de revenus qui existent déjà.

La double peine des départements ruraux

En tête du classement se trouvent des départements qui cumulent deux handicaps : une consommation élevée et des revenus modestes.

Département kWh par foyer Facture type Niveau de vie médian Poids
Tarn-et-Garonne 5 354 1 262 € 24 350 € 5,2 %
Vaucluse 5 172 1 226 € 23 840 € 5,1 %
Lot-et-Garonne 4 960 1 183 € 23 730 € 5,0 %
Eure 5 291 1 250 € 25 520 € 4,9 %
Gers 5 058 1 203 € 24 770 € 4,9 %
Dordogne 4 904 1 172 € 24 150 € 4,9 %

Le point commun de ces territoires est le logement. On y vit surtout en maison individuelle : les appartements ne représentent que 15,3 % des logements en Dordogne, 18,1 % dans le Gers, 20,8 % dans le Tarn-et-Garonne. Et le chauffage électrique y est très présent, dans 44,6 % des résidences principales du Vaucluse, 41,3 % de celles du Tarn-et-Garonne, 35,9 % dans le Gers. Une maison chauffée par convecteurs consomme mécaniquement bien plus qu’un appartement en ville, quel que soit le comportement de ses occupants. Pour ces foyers, la question du mode de chauffage devient centrale, et notre article sur la solution de chauffage la plus économique en détaille les options.

L’énergie n’est pas le seul poste qui met les budgets modestes sous tension : l’alimentation en est un autre, comme le montrait notre enquête sur le coût d’une alimentation saine pour les familles.

À l’autre bout, la France des métropoles aisées

Le bas du classement dessine une carte inverse. Paris (2,1 %) et les Hauts-de-Seine (2,3 %) combinent la consommation la plus faible du pays et les niveaux de vie les plus élevés, autour de 33 700 € par unité de consommation. Suivent le Val-de-Marne (3,0 %), les Yvelines et la Haute-Savoie (3,2 %). Dans les immeubles de la petite couronne, le chauffage passe souvent par le gaz ou un réseau de chaleur, et ne figure donc pas dans la facture d’électricité : pour ces ménages, c’est plutôt l’évolution du prix repère du gaz qu’il faut surveiller.

Le croisement révèle aussi des cas moins attendus. L’Ain affiche l’une des factures types les plus élevées (1 199 €, 8e rang), mais son niveau de vie médian de 27 990 € le place seulement au 35e rang pour le poids de la facture. À l’inverse, la Seine-Saint-Denis consomme peu (809 € de facture type) mais, avec 21 250 € de niveau de vie médian, l’électricité y pèse 3,8 %, bien plus que chez ses voisins des Hauts-de-Seine.

Ce que la carte dit des inégalités face à l’énergie

Le prix unique du tarif réglementé donne une impression d’égalité. L’étude montre qu’elle est trompeuse : à tarif identique, la dépense dépend du type de logement et du mode de chauffage, que les ménages ne choisissent pas toujours. Les foyers des départements ruraux du Sud-Ouest et du Bassin parisien paient davantage parce qu’ils occupent des maisons plus grandes, plus souvent chauffées à l’électricité, et ils disposent en moyenne de revenus plus faibles.

La baisse de consommation observée depuis 2019 tempère le constat sans l’effacer. En France, la consommation par foyer a reculé de 9,5 % en six ans, ce qui représente 87 € de facture annuelle en moins au tarif actuel. Le Vaucluse (−11,5 %) et le Gers (−10,7 %) ont fait mieux que la moyenne, la Dordogne (−7,5 %) et le Lot-et-Garonne (−8,3 %) moins bien. Dans le même temps, le prix du kilowattheure a suivi la trajectoire inverse, un mouvement que nous avons suivi en évoquant l’envolée des prix sur les marchés de l’électricité.

Pour les ménages les plus modestes, le chèque énergie vient en déduction de la facture. Il n’est pas intégré à la facture type de l’étude, qui reste une référence commune à tous les territoires.

Comment exploiter les données

L’étude propose une carte du poids de la facture, un classement triable des 94 départements et une fiche par département. Un module permet de descendre jusqu’à la commune pour comparer sa consommation moyenne à celle du département et du pays. Les résultats sont téléchargeables en fichiers tableur, et leur reprise est libre à condition de citer la source. Élus et associations y trouveront de quoi objectiver la charge énergétique d’un territoire.

Les limites de l’exercice

  • Un « foyer » correspond à un compteur résidentiel, résidences secondaires comprises : dans les départements touristiques, la moyenne est tirée vers le bas.
  • La facture type ignore les offres de marché, les heures creuses, Tempo et les puissances supérieures à 6 kVA.
  • La Corse et l’outre-mer sont hors champ, et dix départements partiellement desservis par une entreprise locale de distribution sont signalés à part.

Questions fréquentes

Dans quel département l’électricité pèse-t-elle le plus ?

Dans le Tarn-et-Garonne, où la facture type de 1 262 € représente 5,2 % du niveau de vie médian, devant le Vaucluse (5,1 %) et le Lot-et-Garonne (5,0 %).

Ce pourcentage correspond-il au budget électricité des ménages ?

Non. Il rapporte une facture par foyer à un revenu par unité de consommation. C’est un outil de comparaison entre territoires, pas la part réelle des dépenses d’un ménage.

Pourquoi les départements modestes sont-ils les plus touchés ?

Parce qu’ils cumulent souvent maisons individuelles et chauffage électrique, donc une forte consommation, avec des revenus inférieurs à la moyenne. La corrélation entre niveau de vie et poids de la facture atteint −0,67.

Sources

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Fabrice
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