Une jeune pousse française installée à Paris affirme avoir mis au point une membrane de quelques microns d’épaisseur, plus fine qu’une couche de peinture, capable d’absorber jusqu’à 90% des ondes radar. De quoi bousculer un secteur resté sous domination américaine depuis quarante ans : la furtivité militaire.
Une pépite née à l’Institut Pierre-Gilles de Gennes
Fondée en janvier 2026 et hébergée à l’Institut Pierre-Gilles de Gennes à Paris, la start-up Kyneon a été créée par le physicien Samuel Hidalgo-Caballero, l’entrepreneur Ilies Belayachi et un ancien militaire spécialiste du renseignement électromagnétique. Leur ambition : proposer un revêtement furtif jusqu’à dix fois plus fin que les solutions existantes, sans sacrifier l’efficacité radar.
Le principe repose sur une couche métamatériau qui absorbe l’énergie électromagnétique plutôt que de la réfléchir vers l’émetteur radar. Appliquée sur un aéronef, un drone ou un mât naval, elle réduirait fortement leur détectabilité, là où les technologies actuelles imposent des structures composites épaisses et coûteuses à entretenir.
Une méthode de fabrication qui change la donne industrielle
L’argument qui retient l’attention des observateurs de la défense tient moins à la performance qu’à la méthode de production envisagée. Kyneon affirme pouvoir fabriquer ses membranes sur des machines déjà utilisées pour imprimer des puces RFID, ce composant que l’on retrouve dans les passeports ou les étiquettes antivol des magasins.
- Un outillage industriel déjà amorti, sans usine dédiée à construire
- Un coût de production potentiellement très inférieur aux solutions composites actuelles
- Une industrialisation visée dès 2027, un calendrier resserré pour une deep-tech de ce type
Cette approche pourrait aussi bénéficier au secteur civil, notamment pour la protection des antennes de géolocalisation satellite (GPS, Galileo) contre le brouillage, un enjeu devenu sensible depuis la multiplication des incidents de jamming observés en mer Baltique et en mer Noire.
Encore beaucoup à prouver
La start-up reste jeune : les premiers travaux ont débuté début 2024 et l’entreprise n’a pas encore livré de démonstrateur public à grande échelle. Les experts du secteur restent prudents sur la capacité de Kyneon à tenir ses promesses face aux industriels historiques de l’aéronautique de défense, qui investissent depuis des décennies sur ces technologies. Reste que la piste intéresse suffisamment pour être évoquée comme partenaire potentiel de vol du Rafale et de ses futurs drones d’accompagnement.
Au-delà du cas Kyneon, cette annonce illustre une dynamique plus large : la French Tech mise de plus en plus sur la deeptech pour retrouver une souveraineté technologique, notamment dans des secteurs stratégiques historiquement verrouillés par quelques grandes puissances industrielles. Ce mouvement se retrouve aussi dans les stratégies d’entreprises plus larges, du côté du conseil aux entreprises et de l’innovation industrielle.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la membrane furtive développée par Kyneon ?
Il s’agit d’un revêtement métamatériau de quelques microns d’épaisseur, conçu pour absorber environ 90% des ondes radar qui l’atteignent, réduisant ainsi la détectabilité d’un aéronef ou d’un drone équipé.
Pourquoi cette technologie intéresse-t-elle le secteur de la défense ?
Parce qu’elle promet une furtivité comparable aux solutions existantes tout en étant beaucoup plus fine et, surtout, fabricable sur des machines industrielles déjà répandues, ce qui réduirait fortement les coûts de production par rapport aux matériaux composites actuels.
Quand cette technologie pourrait-elle être industrialisée ?
Kyneon vise une industrialisation à partir de 2027, mais la start-up doit encore démontrer ses performances à plus grande échelle avant d’envisager une adoption par les grands industriels de l’aéronautique de défense.