Le secteur du bricolage traverse une période paradoxale. D’un côté, les Français continuent de peindre, monter des meubles ou poser du carrelage sans relâche ; de l’autre, les caisses des grandes surfaces de bricolage (GSB) enregistrent une troisième année consécutive de recul des ventes. Un décalage qui interroge sur la santé réelle d’un marché longtemps présenté comme increvable.
Un chiffre d’affaires en repli malgré la résistance des projets DIY
Selon les données croisées de la Fédération des magasins de bricolage (FMB) et de l’institut Inoha, le chiffre d’affaires des GSB s’est établi à environ 21,8 milliards d’euros en 2025, en baisse de 1,4 % sur un an. Ce repli fait suite à un exercice 2024 déjà marqué par une chute de 4,3 %, confirmant une tendance baissière installée depuis plusieurs saisons.
Le paradoxe est là : le réseau de magasins, lui, continue de s’étoffer, avec une progression d’environ 1 % du nombre de points de vente, portant le total à près de 2 400 enseignes sur le territoire. Mais cette expansion ne compense pas la baisse de fréquentation et de panier moyen : le chiffre d’affaires au mètre carré recule de 2,4 %, à environ 2 714 euros.
Adeo conforte sa domination du marché
Dans ce contexte de contraction, la concentration du secteur s’accentue. Le groupe Adeo, maison mère de Leroy Merlin, pèserait à lui seul environ 11,1 milliards d’euros, soit près de la moitié (51 %) du marché total des GSB. Leroy Merlin représente à elle seule près de 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, loin devant ses concurrents directs.
Cette domination s’explique en partie par la capacité des grandes enseignes à absorber la pression sur les marges grâce à leur taille et à leurs formats de vente les plus vastes, qui résistent mieux que les points de vente de proximité. Le e-commerce progresse également, sans toutefois bouleverser les équilibres historiques du secteur, les Français restant attachés à l’essai en magasin avant l’achat de matériel ou d’outillage.
Ce que ces chiffres changent pour les particuliers
Pour les ménages qui bricolent, ce ralentissement du marché n’est pas anodin. Il traduit des arbitrages budgétaires plus prudents : les projets ne sont pas abandonnés, mais étalés dans le temps, priorisés ou remplacés par des solutions moins coûteuses. Peinture, pose de papier peint, montage de meubles, installation d’étagères ou rénovation de cuisine restent les chantiers les plus plébiscités, aux côtés de travaux de décoration et d’aménagement intérieur.
- Comparer les prix entre enseignes et privilégier les périodes de promotions saisonnières
- Louer l’outillage professionnel plutôt que l’acheter pour un usage ponctuel
- Se faire accompagner en magasin pour les travaux de rénovation les plus techniques et éviter les erreurs coûteuses
Cette prudence budgétaire coïncide avec un frein psychologique déjà connu du secteur : la peur de mal faire, régulièrement citée par une large majorité de Français comme premier obstacle à un projet de bricolage, devant le manque de temps ou de budget.
Un marché qui cherche un nouveau souffle
Après trois années de baisse consécutive, la question qui agite désormais la profession est celle du point bas du cycle. Certains acteurs misent sur la montée en gamme des services (conseil, location d’outillage, formation aux gestes techniques) pour redonner de la valeur au secteur, plutôt que sur une simple guerre des prix qui fragiliserait davantage les enseignes de taille intermédiaire face aux géants du secteur.
Questions fréquentes
Pourquoi le marché du bricolage recule-t-il alors que les Français bricolent toujours autant ?
Les volumes de projets restent globalement stables, mais les dépenses par foyer diminuent : les particuliers arbitrent en faveur de solutions moins onéreuses, étalent leurs travaux ou reportent les achats non prioritaires, ce qui pèse mécaniquement sur le chiffre d’affaires des enseignes.
Quelles enseignes tirent leur épingle du jeu malgré la baisse générale ?
Le groupe Adeo, via Leroy Merlin notamment, renforce sa part de marché grâce à la taille de ses magasins et à sa capacité à absorber la pression sur les marges, contrairement à des enseignes plus petites davantage fragilisées par le repli de la fréquentation.
Le e-commerce va-t-il remplacer les magasins de bricolage physiques ?
Pas dans l’immédiat : la vente en ligne progresse mais reste minoritaire, la majorité des clients continuant de privilégier le passage en magasin pour évaluer la qualité des matériaux et bénéficier de conseils avant l’achat d’outillage ou de matériaux.